Mélanges
Dix années séparent la rédaction du présent article de la visite du comble de l’église Sainte‑Croix, qui fait l’objet des lignes qui suivent. La localité de Caix (Somme), en Santerre, située sur une ligne droite virtuelle qui mènerait le voyageur de Paris à Bruges, est le lieu de construction de cet édifice classé au titre des Monuments historiques par arrêté du 16 octobre 1906. L’église de Caix est assurément la plus intéressante du canton de Rosières au point de vue architectonique. C’est aussi l’une des plus belles par le majestueux aspect qu’elle présente, lorsqu’on la découvre des hauteurs environnantes et des chemins très nombreux tracés dans sa direction. La silhouette de son clocher est tout à fait imposante et elle diffère absolument de celle des autres clochers de la région. Le bourg de Caix […] s’étend sur le versant nord d’un encaissement très profond […] se dirigeant vers l’ouest. L’église est à mi‑côte. Elle porte les caractères des XIVe, XVe et XVIe siècles […]. Elle est liturgiquement orientée1. Le comble des bas‑côtés de l’église constitue ici le cœur du sujet ou, plus particulièrement, les travaux de consolidation menés en 1908 par Henri Deneux (1874‑1969), alors architecte en chef des Monuments historiques. Originaux – sans être, pour autant, uniques – ces travaux représentent un jalon dans l’histoire de la conservation et de la restauration des monuments. C’est sans doute à ce titre qu’ils furent cités – près d’un quart de siècle après leur réalisation – par Pierre Paquet (1875‑1959), confrère d’Henri Deneux et inspecteur général des Monuments historiques, lors de l’exposé sur Le ciment armé dans la restauration qu’il prononça à la Conférence d’Athènes sur la conservation artistique et historique des monuments, organisée entre le 21 et le 30 octobre 1931 : aujourd’hui, il faut consolider et assurer la conservation des monuments en respectant même les erreurs de construction, celles‑ci ayant permis souvent de suivre l’évolution de l’architecture, de comprendre le passage d’une disposition à une autre, de fixer des dates. À cet effet, bien des essais ont été tentés, et celui qui semble avoir donné jusqu’alors les meilleurs résultats est l’emploi du ciment armé. […] Il est facile de comprendre les inquiétudes que pouvait soulever tout d’abord l’application d’un tel système de construction dans les édifices du Moyen Âge ; c’était introduire dans leur structure profondément élastique des éléments essentiellement rigides, susceptibles de désorganiser leur équilibre. […] L’application du ciment armé est donc limitée maintenant à des travaux en général cachés, et qui ne modifient pas les systèmes de construction, tels que consolidation des murs, couvertures, voûtes, charpentes, planchers, ossatures, etc. […] Dans plusieurs églises où des murs se fissuraient par suite de la poussée des voûtes de la nef, on a placé dans le comble des bas‑côtés des contrefiches en ciment faisant office de contreforts. Ces étais ont suffi pour enrayer le déversement des murs que les arcs‑boutants mal placés n’avaient pu empêcher, ils ont formé une consolidation invisible de l’extérieur et de l’intérieur, sans modifier aucunement la disposition de l’édifice (Caix, M. Deneux, architecte)2. Depuis plus d’un siècle maintenant, le comble des bas‑côtés de l’église Sainte‑Croix de Caix dissimule ces étais permanents qui stabilisent l’édifice. Si la disposition élaborée et mise en œuvre à Caix par Henri Deneux est – dès lors – connue des restaurateurs et reconnue pour son efficacité, elle est – depuis – régulièrement enseignée et publiée. Georges Duval (1920‑1993)3, architecte des Bâtiments civils et Palais nationaux (à partir de 1956), architecte en chef des Monuments historiques la même année, inspecteur général des Monuments historiques (à partir de 1981) et professeur au Centre d’Études Supérieures d’Histoire et de Conservation des Monuments Anciens4 à Paris (durant plus de quinze années), explicite en ces termes l’intervention d’Henri Deneux dans cette église de la Somme : c’est à ma connaissance, la plus ancienne consolidation par pince5 en béton armé ; elle fut réalisée pour stabiliser le déversement du mur sud de la nef. C’est en effet, en 1908 que l’architecte Deneux imagina de reprendre les poussées des voûtes de la nef côté sud par ce procédé. En effet, si les voûtes de la nef sont contrebutées côté nord par un arc‑boutant dissimulé dans les combles du collatéral nord, aucune disposition de ce genre n’existe sur le côté sud6. En 1997, Benjamin Mouton (1948‑), également architecte en chef des Monuments historiques (à partir de 1980), inspecteur général des Monuments historiques (à partir de 1994) et professeur associé à l’École de Chaillot (pendant plus de trente années), cite – aussi – les travaux menés par Henri Deneux sur cette église de la Somme pour illustrer l’emploi du béton armé – ou, plus précisément, devrait‑on dire : du ciment armé – dans le renforcement des structures anciennes et classifie (dans un article paru en 1997 dans la revue Monumental) l’intervention de l’architecte à Caix parmi les contrebutements employant les techniques des équerres : pour l’église Sainte‑Croix,le contrebutement qui est au nord sous forme d’un arc‑boutant n’existe pas au sud. On procède à la mise en place d’une équerre en béton armé prenant appui sur le gouttereau du bas‑côté7. En 2018 (dans son imposant et important ouvrage qui se veut n’être qu’une promenade), le même auteur reprend l’exemple de cette église de la Somme et reconduit l’idée d’une asymétrie des contrebutements : au nord par un arc‑boutant, inexistant au sud, complété par une équerre passive8 dans le comble de ce bas‑côté. Intrigués par ce défaut de symétrie – comment le jeu d’équilibre des forces d’une structure élastique (pour reprendre le terme employé par l’architecte Pierre Paquet), caractéristique des architectures anciennes, peut‑il fonctionner avec la mise en œuvre ponctuelle, et dissymétrique, d’éléments rigides ? –, nous nous sommes, alors, décidés à demander à l’édile la possibilité d’accéder au comble de l’édifice, afin de tenter de mieux comprendre une telle disposition. Ainsi, avons‑nous découvert la mise en place de six étais permanents en ciment armé – parfaitement conservés – dans les combles des bas‑côtés, au droit des contreforts, pour stabiliser l’édifice : trois mis en œuvre au sud de la nef, les trois autres au nord. Lors de cette visite, la disposition élaborée par Henri Deneux pour conforter
Avant même d’avoir vu le jour, c’est‑à‑dire : avant même qu’elle puisse être – à proprement parler – reconnaissable, Clélie avait été identifiée. Non qu’elle fût attendue, mais parce que dès avant qu’elle ne se présente, un numéro lui avait été attribué : 1288. Ce numéro, imprimé en caractères noirs dans une épaisse police sur une étiquette autocollante remise en trois exemplaires, ne manqua pas d’interpeller ses apparentés qui en firent la remarque à la personne qui les accueillait en ce maussade après‑midi d’un erratique mois d’avril, qui venait tout juste de voir tomber la neige sur quelques cerisiers pourtant déjà tout de printemps parés. Clélie n’avait alors pas véritablement commencé à être conçue ; trop jeune encore, elle n’avait pas même reçu son prénom, que – déjà – celui‑ci était oblitéré par un numéro, comme l’eût fait un matricule. Pourquoi un tel protocole ? Pourquoi ce numéro 1288 avait‑il été choisi pour Clélie ? Quel pouvait être le sens à donner à cette préliminaire attribution ? Ce numéro ne pouvait – visiblement – pas correspondre à une date… Fallait‑il – pour comprendre – le décomposer : 1 288, 12 88, 128 8, … ? Fallait‑il associer quelques lettres aux nombres le composant, comme pour déchiffrer une énigme ?… Autant de possibilités d’interprétation que de questions, qui ne trouvèrent alors aucune réponse satisfaisante, restèrent en suspens. Vaille que vaille, Clélie – comme elle serait finalement dénommée à l’issue de son élaboration, car le choix d’un prénom peut aussi porter le récit d’un processus de création, ou le début d’une histoire – allait participer à un critérium, dans un pays étranger, au prix de quelques mois de travail pour sa préparation, afin qu’elle puisse se présenter devant le jury. Passa le printemps, qui céda le ciel à l’été, au début duquel, de retour en cette contrée où quelques mois auparavant Clélie avait été identifiée, une fois qu’elle eût passé l’épreuve, au détours de quelques paroles échangées avec l’hôtesse ce matin‑là, ce mystérieux numéro – resté en souffrance – se trouva à nouveau aiguillonné et en proie à de nouvelles hypothèses, lorsque les apparentés de Clélie apprirent que quelques 330 autres entités avaient – aussi – manifesté leur intérêt pour ce critérium. Les questions recommencèrent à affluer : ces entités s’étaient‑elles également vu attribuer un numéro au cours du printemps ? Le numéro 1288, reçu en cette neigeuse journée d’avril, pouvait‑il correspondre à un rang ? Fallait‑il penser que le nombre 288 – membre d’une série qui en aurait compté 330 – avait été complété par le chiffre 1, comme le symbole – en numérologie – du commencement ou de la singularité ?… D’autres possibilités d’interprétation, mais aussi d’autres questions, qui ne trouvèrent toujours aucune réponse satisfaisante, demeurèrent en suspens. Dans le laps de temps qui s’était écoulé entre cette maussade journée d’avril – le 18 – et cette journée de juin – le 21 –, au sortir d’une brûlante semaine au cours de laquelle le soleil n’avait fait que s’élever de plus en plus haut pour atteindre son zénith la veille et marquer ainsi l’entrée dans la saison estivale, Clélie s’était vu attribuer un autre numéro : 65. Ce jour là – un peu partout en France – on s’apprêtait à célébrer la musique, mais Clélie n’était pas à la fête. Ce jour‑là Clélie était ailleurs : elle portait une étiquette sur laquelle avait été imprimé le numéro 65 et en face d’elle se tenait la seule personne en possession des inscriptions nominatives ; en ce deuxième jour d’un été naissant, mais déjà aride, la personne qui, quelques mois plus tôt – au seuil de la procédure –, lui avait attribué le numéro 1288, l’avait accueillie ici en lui assignant le numéro 65. Ainsi, avant même que le jury n’ait posé le regard sur elle, Clélie avait – déjà – fait l’objet d’un classement ; avant l’épreuve, Clélie se trouvait – déjà – être la dernière d’une série qui aurait dû compter 74 individualités, mais à laquelle 9 avaient – en chemin – renoncé à se présenter : des 65 participants effectivement présents, Clélie était la 65ème. Pourquoi, ce jour‑là, le numéro 65 – la dernière place – lui avait‑il été attribué, alors que d’autres concurrents étaient encore en chemin ? Dernière avant même que tous ne soient rendus, Clélie était vouée à fermer le ban. Chercha‑t‑elle à fraterniser ou à côtoyer quelques semblables ? Pourquoi l’aurait‑elle fait ? Chercha‑t‑on pour elle quelque parentèle ou quelque cousinage ? Oui, cela semblait avoir été fait. Mais pourquoi ? Elle attendait – là –, que ses concepteurs viennent la récupérer ; elle attendait, sage – sur sa chaise –, au bout de la rangée, à la 65ème – et dernière – place ; elle attendait, isolée – sans pareil –, tandis qu’à côté d’elle des familles avaient été réunies. De nouvelles questions émergèrent, mais ne trouvèrent – là encore – aucune réponse qui vaille. Pourquoi ne pas avoir assumé l’engouement suscité ? Pourquoi ne pas avoir considéré chacune des individualités s’étant – en tant que propositions autonomes – présentées d’elles‑mêmes, dans la spontanéité du travail offert ?… Le contexte de naissance de Clélie se situe dans le district du Lac, dans une commune posée sur la frontière des langues. Dans cette commune, l’essor économique était tel que, depuis quelques années, les autorités locales s’étaient mises à réfléchir au cadre de vie et d’apprentissage des enfants. C’est ainsi qu’une nouvelle école avait été inaugurée deux ans auparavant ; c’est pourquoi une crèche devait ouvrir pour la rentrée, d’ici quatre ans. Si le district du Lac comprend une commune sans aucun habitant – peuplée uniquement de chênes –, il se disait aussi que la commune pour laquelle Clélie avait été conçue totalisait une cinquantaine de nationalités différentes : ses habitants représentant ainsi une ouverture – voire, un hommage – au pluralisme. L’usine qui y avait été implantée en 1958, n’était sans doute pas étrangère au développement de cette localité, ni à ce métissage. Pour autant, malgré l’ouverture à la diversité affichée en ce lieu, Clélie – à défaut de parentèle – allait être mise à ban. Faute au nombre argueront certains : 330 intéressés, 65 entités accueillies ; faute de temps infèrerons les autres : 2 journées seulement pour faire connaissance avec tous, dans leurs différences, leurs particularités, leurs singularités et leurs nuances ; pour considérer la pertinence des réponses apportées ; pour découvrir, comprendre, évaluer, débattre entre membres du jury et in fine proposer un classement. Effectivement, dans le temps imparti – mais
Parler du Grand Garage La Motte-Picquet, c’est évoquer un bâtiment qui, s’il n’est pas totalement inconnu, est toutefois malaisément connu ; c’est évoquer un bâtiment aux emprunts imprécis, voire – parfois – ignorés ou voilés. Pour autant, il s’agit d’un édifice (dont la demande d’autorisation de construire date du 29 octobre 19281) qui se révèle original du point de vue de son programme et de sa typologie, ce qui aura – sans doute – prévalu à son inscription sur l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques, en juillet 1986.
Pour expliciter le procédé constructif HB-balkar, inventé par Hilding Brosenius au tournant des années 1940 : une poutre en bois, reconstituée, dont l’âme est formée de deux ou plusieurs couches de planches se croisant en diagonale, et dont les ailes sont composées de deux ou plusieurs couches de planches superposées 1, nous reviendrons sur le gymnase d’Espoo-Otaniemi, conçu et réalisé par l’architecte Alvar Aalto et inauguré en 1952, dont la structure (de bois) permet de couvrir un espace dégagé d’une portée de 47 mètres, que nous avons pu visiter en 2019.
Par le détour d’un voyage en Finlande, avec en tête une certaine approche de l’architecture et des milieux, ainsi qu’une certaine diversité dans la technique des charpentes – diversité impliquée par la nature des éléments de la construction – dont l’origine réside dans la facilité de travail mécanique du matériau bois 1, l’évocation du gymnase conçu par Alvar Aalto dans la ville finlandaise d’Espoo-Otaniemi (district Suur-Tapiola, à l’ouest d’Helsinki) et inauguré en 1952 2, nous permettra de parler de la technique des poutres composées à âmes pleines, rapprochant ainsi le matériau bois des constructions métalliques utilisant des poutres en I à grands moments d’inertie.
Le 8 mai 1920, – en tant que membre du conseil d’administration de la N.V.
Bouw- en Exploitatie-Maatschappij ‘De Moderne Woning’, alors maître de l’ouvrage de l’opération – C. Rutten écrivit au journal local
Het Vaderlandpour exposer son approche de la conception d’immeubles d’appartements aux Pays‑Bas.
De Moderne Woning L’immeuble d’appartements, aujourd’hui appelé Huize Boschzicht 1, a été inscrit sur la liste des monuments nationaux néerlandais le 15 avril 1993.
La « guerre » était sur le point de s’achever – du moins, les médias annonçaient-ils une prochaine et, néanmoins, progressive reprise des activités – et cela s’accompagnerait aussi, sans doute, de la fin du chant des oiseaux.
Entre 1928 et 1930, l’architecte Frans Lourijsen (1889-1934) construisit à Rotterdam, aux numéros 126-128-130 de la rue Westzeedijk, un immeuble d’appartements d’un genre particulier, qu’il avait toutefois déjà expérimenté à La Haye, quelques années auparavant.
Le rendez-vous était à 9 heures, mais j’arrivais en avance à l’angle de la rue d’Irlande et de la rue Maurice Wilmotte, où se trouvait l’une des annexes de l’Institut supérieur d’architecture Saint-Luc. J’avais remonté la rue d’Irlande à pied pour rejoindre le quartier Saint-Gilles ; nous étions au mois de juin et la lumière était favorable, ce matin, pour apprécier la variété chromatique des maisons de briques que rehaussent çà et là des bandeaux de pierre bleue des Ardennes…
